A Mamudi comme ailleurs

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Je ne sais pas dans quelle case je suis née. Les dires des uns croisent ceux des autres sans les rejoindre. Je suis née par-là, m’a-t-on dit. Mais à Mamudi, ça, j’en suis sûre !

Mamudi n’est pas unique, ni uni, ni uniforme. Mamudi est un champ, non, plutôt une brousse. Tantôt sèche, tantôt herbeuse. Tantôt calme tantôt bruissante. Tantôt paisible tantôt cruelle. Mêlant les marigots boueux aux herbes rousses caressants les arbres oranges.

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Un ciel rouge sang

Tu as vu ? Le ciel est rouge. Il flamboie, noyant la douleur du monde dans un feu délirant.

Je sais ! Je ne dois pas te parler de cette douleur, ni de violence. Encore moins de mots manqués ou de rendez vous cassés. Et surtout pas de ces nouvelles noires que jettent nos écrans.

Je sais ! Tu ne veux pas entendre, ni voir, ni ressentir. Je sais, c’est trop. Trop de cris qui lacèrent le cœur, trop de griffes dans le corps, trop de lances dans les yeux.

Je sais ! Tes mains sont trop petites, ton cœur trop fragile, tes yeux trop éblouis, tes pas trop mesurés. Je sais ! Ces morsures-là je les connais.

Mais peut-être faut-il laisser le ciel flamber avec grandeur et aller sur le chemin où d’autres marchent. Juste là, tout près. Pas avec le monde entier. Pas une course folle. Simplement mesurer ton pas à celui d’un autre, partager une voix, toucher ses rêves, regarder ses mots et entendre sa vie.

Pas loin, pas trop. Juste ça.

Et dans le ciel rouge de sang, la douleur ne sera plus seule.

Tendresse particulière…

Ce matin, je marche dans la grisaille parisienne. Attente au feu. La bretelle venant de la voie rapide vomit un flot incessant de voitures impatientes. L’air est gris de poussière, sursaturé de bruits de moteurs. Agression matinale banale.

Au vert, je traverse et entame le passage bétonné pour passer sous le périphérique.

Et là, au milieu, adossés au mur, quatre sacs de courses rouges, ventrus, pleins, tranchent l’espace.

Et là, au milieu, sur les sacs rouges, une jeune maman et son fils, assis, tout entiers absorbés l’un par l’autre.

Il a trois ans, au plus. Et il raconte, bavarde, explique. Sa main, accrochée à un biscuit voltige en tout sens. Les yeux de sa maman brillent de tendresse et d’écoute. Et son éclat de rire à la conclusion de l’histoire illumine l’ambiance.

Enfin, pour moi, là, dans ce matin gris. Car personne d’autre ne regarde cette maman assise avec son petit sous un périphérique hurlant. Vivre à la rue ne se regarde pas.

Alors jaillit en moi, le visage de mes deux petits fils, si proches en âge de ce petit-là. Ils profitent de la même tendresse et de la même écoute mais dans d’autres lieux tellement plus sereins.

Et je sais pourquoi je me bats avec d’autres pour que cela cesse.