Combat

L’aube se colore de l espoir du jour
Les nuages engrangent le feu éphémère
Parole de la violence du désir

Les mots de la nuit résonnent
De l’écho de la pièce vide
De l’urgence de la solitude acquise
Le crépuscule entre feu et loup
A ouvert un souffle inconnu.
Et il flamboie malgré le soir
Nourri des pépites de l’aube
Enroulant dans son sillage
Les balbutiements du jour.

Timide, furtive, elle rougeoie,
Son mur de glace brûle
A la douceur abyssale du regard attentif

L’aube a franchi le pas de la lumière
Affrontant les démons qui la hante
Le jour la transcende
Déployant les feux encore vierges.

Liberté…

Le vent fouette le visage de Jeanne. La moto fonce dans Paris.

Jeanne aime la vitesse, le corps qui s’assouplit et obéit, docile aux mouvements, aux courbes, aux accélérations, ce mélange de vigilance extrême et d’abandon, de force et de vulnérabilité.

Elle se serre contre lui, accordée, dans son dos, ses jambes contre les siennes, son corps qui vibre avec le moteur, se couche, se relève, file au gré de la vitesse. Elle sourit, heureuse, détendue. Une bouffée de plaisir monte en elle. Il y a longtemps qu’elle n’a plus ressenti une telle liberté, un tel sentiment d’exister.

Elle aime sentir sa chaleur, sa vigueur, ce brin d’audace et d’insolence mêlé d’inquiétude qui émane de lui, son plaisir de la sentir toute proche, sa main qui vient se poser sur sa cuisse à l’arrêt, douce et impérieuse à la fois.

Un feu, deux, place de l’Etoile, ils se faufilent, se glissent entre les voitures, s’échappent, ensemble.

Le reste est loin !

 

C’était chez moi…

 

Le mur noirci dégage une odeur acre et insinuante. La façade affaiblie, semble pleurer des larmes noires. La fumée et les flammes ont mangé, sali, dévasté…

Je dois malgré tout y entrer. La porte est entrebâillée. La serrure tordue dépasse. L’odeur me prend à la gorge, m’étouffe déjà, acide et violente.  J’ai envie de reculer. C’était chez moi. C’était…

Le feu a dévoré tout ce qu’il a pu, hier, quelques heures avant, un instant en quelque sorte.  Un court circuit, dans le magasin d’en bas, une étincelle, un geste pour tout redémarrer et le feu explose. Cheveux brulés, flammes qui jaillissent et elle s’enfuit, elle hurle. Le silence lui répond. Elle court affolée, frappe aux appartements, frappe frénétiquement… Son visage est blanc, rouge, creusé de peur et d’angoisse.

La porte blindée du magasin se ferme happée par la vigueur des flammes. Le piège est clos.  Elle sort dans le rue hurlant…. Au feu……

Enfin je crois. Je n’étais pas là. Je ne connais pas la suite. Les pompiers, les camions, l’effervescence. Scier la grille de fer, se battre , se relayer… 5 camions qui occupent toute la rue… La peur, les curieux indécents, les lumières qui jettent leur angoisse tournante,…  Quand j’arrive, c’est déjà le désastre, les murs ruinés, la fumée acre qui s’élève encore de ce qu’il reste du magasin,  les gravats, mêlés de boue d’où s’échappent bout de sacs, poignée de valise. Le contraste entre les actifs et ceux au regard noyé, incapables d’intégrer ce qu’il vient de se passer. Trop vite, trop soudain, trop impensable, trop, tout simplement trop.

Quand j’arrive, je suis sans gestes, arrêtée. Pourtant je devrais parler au pompier, essayer de savoir, Mais je balbutie, je tremble de peur rétrospective aussi. Et si, Tanguy, et si la nuit et si la fumée, les flammes, le drame. Me calmer, revenir à ce qui est  et suivre le pompier dans l’escalier dévasté.

Tout est noir, j’étouffe, ma tête est dans un étau, mes pieds se prennent dans des gravats, mon visage heurte des fils pendant du plafond. Je titube plus que je ne marche en suivant la lumière tremblée devant moi.  Chez moi, tout est  noir, enfumé, sali, comme violé mais pas brulé. Et nous sommes vivants, intacts. Alors…

C’était chez moi. C’était…