Pas ajourés

New York, composition 9
Oeuvre de Catherine van den Steen
http://catherinevandensteen.blogspot.com/

catherine

Pas ajourés
D’un reste de paroles
D’une ombre de solitude
D’une trace de regards perdus
Aux ombres absentes
De reflets sans illusions
De ce bruit qui résonne, encore

Marche ajourée
D’une sève ensanglantée
Au passage sans chemin
D’un homme
D’une femme
De celui que l’on traîne, en plus

Vie ajourée
D’une brise sans nom
D’une corde nouée
D’une boite vide
Du tronc creusé, vidé, blessé
Aux encres évaporées
De ce rien que l’absence crie, en boucle

Risques ajourés
Du jeu ténu
Du silence apporté
Du sol en lumière
Aux accents quotidiens
De ce demain qui murmure, enfin

Aujourd’hui (nouvelle)

Aujourd’hui, rochers noirs et mer de soie.
Aujourd’hui je l’ai rencontrée. Isolée et calme, avenante et débordante, cachée et déployée, … j’ai rencontré mon île. Entre couleurs salées et odeurs chatoyantes, sable fluide et vagues filantes, j’ai trouvé ma place, mon cocon, mon refuge. C’est à moi, pour moi. Je ne veux rien d’autre et surtout, personne d’autre !
Merci.

Aujourd’hui, sable endormi et mer de feu.
Aujourd’hui, j’ai goûté l’aube naissante. Voir le soleil percer de la mer, pousser pour naître, nourrir de lumière la terre attentive,  a posé comme une braise en moi. Le jour qui m’attend me fait un peu peur. Et si je suis honnête, c’est surtout de moi que j’ai peur.
Allons.

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Encore et encore…

Obstinée, elle remonte le courant.
Le froid fouette ses jambes.
Lourds d’eau, ses pieds bousculent les pierres,
Hésitent en aveugles sous les dérobades du sol.

Fragile équilibre de l’incessant déséquilibre.
Le torrent tourne, bouillonne. Sa route se cache à son regard.
Elle continue sa marche. Elle ne sait pas trop jusqu’où.
Elle avance. Seule.
Guettant le paysage à venir derrière la courbe.

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Blanc

L’air est blanc ce matin.
Blanc du cœur ralenti
Du lendemain voilé

L’air est blanc ce matin
Attente des pas de ton souffle
Des paroles criant le silence

L’air est blanc ce matin
Immuable page vierge
De l’écho de l’instant

L’air est blanc ce matin
Espérance écrite
Au chemin de mes pas

L’odeur de moisi

L’odeur de moisi a disparu un jour. Brusquement. Je ne sais pas pourquoi.

Elle me poursuivait depuis toujours comme celle âcre d’une vieille armoire que l’on ouvre après un long sommeil. Petite, j’en avais presque peur. Comme d’un démon qui me collait à la peau et défigurait mon visage, mon corps, ma peau. J’en avais honte comme d’une tare. Persuadée qu’elle me précédait en tout lieu, faisant reculer les autres … et moi en premier.

En grandissant, j’ai appris à m’en différencier. A m’en écarter. Lui tenant même des discours véhéments : « Eloigne-toi de moi. Je ne suis pas toi. Je ne suis ni rance ni aigre ni insidieuse. Va-t-en !». Ca, c’était les jours de combat, ceux où, sûre d’un peu de ma valeur, j’essayais d’être fière de moi. Prenant la colère pour chevalier face à cette ombre indésirable.

Les jours creux, au découragement pesant, je virais à la supplication : «  Je t’en supplie, éloigne de moi ce voile de moisi. Je crois que j’y pourris. Ce que je suis s’y décompose. Je me perds. Je t’en prie, éloigne-toi de moi. ». Je ne comprenais pas. Pourquoi moi et seulement moi, portais ce calvaire d’odeur désodorante.

Un jour je l’ai rencontré. Lui. Le corps massif, la figure ronde, les yeux vifs. Souple et agile. Surprenant. Et j’ai aimé son impatience, son impertinence. J’ai aimé ses mots attentifs, ses émotions habitées. J’ai aimé sa cuisine épicée et sa gourmandise. Je l’ai aimé, lui, rien que lui. Et il m’a aimé, moi et mes incertitudes. Moi et mon odeur de moisi.

J’ai même voulu le prévenir, un jour. Pour que déçu et outré, il ne parte pas en laissant la porte ouverte avec un grand courant d’air froid. Et il a ri. De ce rire qui le secoue tout entier. « Mais moi aussi j’ai une odeur qui me suit. Une odeur de voyage et de sable, de vent et d’agrumes. C’est l’ombre de la terre, née du monde des senteurs pour chacun de nous depuis des millénaires. Mais tout le monde l’a oublié ! »

Je suis restée interdite. Le monde des senteurs ? Aujourd’hui, plus souvent emprisonné en bocaux, prisonnier de nos modernités pressées que libre ou volage. Mais après tout, pourquoi pas.

Et je me suis glissée dans cet amour comme dans des chaussettes à bouclettes. Je me suis abandonnée à la chaleur de cette tendresse, au feu de ces rires, à la musique de ces mots. Je me suis sentie plus riche, plus parfumée, plus vivante. Et je l’ai peu à peu oubliée mon odeur de moisi. Je pouvais enfin traverser des rivières, portées par de petits galets sans plus craindre de tomber à l’eau. J’avais cessé de me battre contre un fantôme. Je bataillais pour la vie.

C’est quand elle a cessé, d’un coup, que tout cela m’a sauté au visage comme une bourrasque folle.

Je marche sur le gravier du cimetière. Je suis un cercueil. Celui de ma mère. La foule recueillie rythme son pas sur le mien. L’adieu est fait. Le temps est fini. La corde est rompue. L’air porte les effluves parfumés des couronnes et bouquets du jour, l’acre odeur du tapis de feuilles tombées, l’humidité nourrie de la terre après la pluie. Et là dans ce bruyant bouquet d’odeurs, une seule manque. Celle que j’ai tant cherchée à fuir ou à bannir.

Est-ce une amie ou un démon que j’ai perdu ? Un défenseur ou une ennemie qui m’a quitté ? Peu importe. Je leur ai dit au revoir à toutes les deux. Et j’ai continué mon chemin.

Etre Charlie?

Nous étions quelque uns, en ce dimanche 11 janvier 2015, réunis pour un atelier d’écriture. Et nous avons essayé d’écrire, sur ce jour, ces événements. Sur ces mots qui courent les ondes et les rues: Je suis Charlie… ou je ne le suis pas.

Vous trouverez ici, l’un après l’autre les textes des membres du groupe.

LA PAIX A EXPLOSE

La paix a explosé comme une colère sournoise comprimée trop longtemps. Un serpent glisse et siffle au cœur d’une multitude désemparée, robotisée, ignorée, ignorante.

Je suis cet enfant soumis au regard filtré à l’étroitesse d’une meurtrière. Je suis ces femmes cachées avec pour liberté une impasse. Je suis ces hommes, embarqués dans le torrent des propos réducteurs. Je suis ce pouvoir d’achat menant les foules dociles sur le chemin étroit des soldes du sens. Je suis cette tolérance cadenassée, cette ouverture filtrée, cet espoir raboté, cette guerre sans fin.

La paix a explosé, laissant derrière elle, un champ noirci par la haine, la peur et la folie, lançant au vent furieux autant de refus que d’horreur, d’élans que de peur comme un ébranlement profond de nos ventres meurtris.

La paix a explosé,

Ouvrant à des millions de pleurs, de questions, à ces millions de pas, déterminés. Marche pudique et offerte, de cette diversité trop souvent consignée.

Le feu noir de la mort a fait flamber la colère, rouge de honte. Le sol est blanc, du lendemain à construire, de l’indignation à ne pas étouffer, du lien à renouer. Le feu de l’espérance est vert pour écrire une liberté nouvelle.

Brigitte

LE 11 JANVIER …. JE SUIS CHARLIE

J’ai découvert ces mots dans un texto. Une chaîne à faire passer… Je n’aime pas les chaînes mais peut être celle-là en valait-elle la peine ? Je me suis interrogée ces mots en moi ont résonné. Etais-je Charlie ?

Je ne connaissais pas Charlie Hebdo. Je ne l’ai jamais lu. Lors de l’affaire des caricatures du prophète j’ai dit « qu’est-ce qu’ils sont cons de les avoir publiées ! » Je craignais que ce soit mal interprété, un bâton pur se faire battre, une provocation sourde à ruminer …

Le dernier dessin de Charb ainsi résumé, « Pas d’attentat en France ? Patience, la période des vœux dure jusqu’au 31 janvier » me laisse sans voix. Une provoc de trop ? Un dernier pied de nez ? L’auteur, avec d’autres, au paradis des dessinateurs s’en est allé.

La France pleure, le monde s’éveille.Comme après une gueule de bois. C’est la guerre dans nos rues, on assassine et on tue, soit disant au nom d’Allah. Fut un temps on pillait, tuait et convertissait au nom du Christ à tour de bras.

Je suis profondément triste pour ces gens, artistes, policiers, anonymes,qui ont payé le prix fort soit pour leur engagement, soit seulement parce qu’ils étaient là au mauvais endroit. Cela aurait pu être toi, cela aurait pu être moi.

Et ces chefs d’état qui affluent dans les rues de Paris aujourd’hui. Ces ennemis de de toujours, incapables de se parler, réunis pour une cause commune, universelle, LA LIBERTE!

Liberté de penser, liberté d’exprimer ses idées, liberté de la presse, liberté de croire en un Dieu, quel qu’il soit.

En silence avec eux je marche dans ces rues de Paris meurtries qui m’ont vue grandir. En silence avec eux je pleure les martyrs des temps modernes qui n’ont pas vu la menace venir. 

Valérie, le dimanche 11 janvier 2015

CHARLIE

Je ne suis pas Charlie !

Comme tous les artistes qui donnent chair à Charlie depuis des années je suis opposé à la pensée unique, aux dogmes, aux vérités absolues.

Comment pourrais je être Charlie aux cotés d’extrémistes religieux et politiques qui voient dans cette tragédie la confirmation de leur crainte d’un Occident islamisé.

Je ne suis pas Charlie !

Je ne suis pas un preux chevalier des temps moyenâgeux. Dernier rempart contre la barbarie. Défenseur envers et contre tous de la Vérité avec un grand V.
Leur vérité.

Je ne suis pas Charlie !

Lourd de peur au ventre, larmoyant sur son malheur. Ressuscité d’entre les morts de la bonne conscience.

Je ne suis pas Charlie !

De ces Charlie d’un jour, ignorants de tous les Charlie du monde. Ils sont si loin, si différents, si peu télévision, si peu…nous.

Je ne suis pas Charlie

Lutz , l’un des survivants, vient de déclarer :
« Mes amis morts auraient conchiés tous ceux qui chantent la Marseillaise en leur mémoire ».
Propos brutal, coup de poing dans la gueule, bras d’honneur, irrespect, tout ce que vous voulez mais tellement représentatif de l’esprit Charlie Hebdo.

Je suis simplement un être humain et tout ce qui est humain me concerne.

Je suis rempli de larmes d’impuissance.

Je suis Charlie et je sais que demain je serai à nouveau seul.

Jean

Voltaire : Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes mais je me battrai pour que vous puissiez le dire.

JE NE SUIS PAS CHARLIE

Je suis.
Je suis « je ».

Je ne suis pas Charlie. Je suis Michèle.
Charlie, ce n’est pas moi.
Je ne suis pas la pensée unique d’un jour unique.
Je ne suis pas la ferveur collective d’un dimanche de janvier.

Parce que je suis « je ».

Charlie, c’est Charlie : c’est chaque semaine deux feuillets de pur courage, deux feuillets de liberté.

Charlie, c’est le rendez-vous du goûteur d’idées salées, lui, ses résolutions-révolutions intérieures.

Charlie, c’est la dérision au bout de la ligne, la provocation à la pointe du crayon. C’est le précipice au bord de la marge.

Charlie, c’est la cruauté crue, exprimée sans filtre.

Charlie, c’est un nid de gentils, leurs yeux de sorcières sur nos artifices-paradis.

Charlie, c’est le courage.
C’est pour ce jour le rassembleur des humanités.
Charlie, c’est Charlie. Ce n’est pas moi.

Je ne suis pas Charlie. Je suis Michèle.

Je suis poussière sous la semelle d’un géant. Minuscule et sans courage. Mais libre.
Aussi libre que Charlie pour dire « je ne suis pas Charlie. Je suis Michèle. »

Je suis Michèle aux mains propres. Le cœur ouvert.

Je suis celle qui refuse jour après jour toutes les barbaries.
Je suis celle qui combat le moindre reflet d’infimes injustices, l’infâme brindille dans les rouages des Hauts-Bruits.

Je suis celle qui honore toutes les libertés.
Je suis sans cri et sans drapeau.
Silencieuse et indépendante.
Fourmi, je crois en la force des fourmis.

Je suis celle qui ne pleurera pas.
J’avance. La vérité chante à chacun de mes pas.
Je n’ai pas peur.

 Michèle, Janvier 2014

JE SUIS CHARLIE

Je suis Charlie, De tout mon corps, De toute mon âme

Je suis Charlie, Parce que je dis non au terrorisme, Parce que je dis non aux attentats
Parce que toute forme de violence m’horrifie, me terrifie
Et chaque jour de ma vie, je m’applique à éradiquer la violence qui est en moi

Quand je dis : « Je suis Charlie », Je dis Pardon,
Pardon d’avoir quelque part laissé faire cela
Quand je dis : « Je suis Charlie », Je dis Paix à leurs âmes, C’est ma prière
C’est ma façon de dire Pourquoi ? Je ne comprend pas !
C’est ma façon de lutter contre la peur qui m’enserre
C’est mon courage, Ma lutte du quotidien, Contre le racisme, Contre l’obscurantisme
C’est ma levée de Crayon, Mon appel à la lutte sans armes

Mon appel à l’amour au-dessus de tout, « Aimons nous les un les autres » !
Malgré tout ! Par-dessus tout !
C’est un appel à la liberté individuelle, C’est un appel à être !
Vraiment, Sincèrement, Entièrement
C’est un cri de sang froid ! Pour que la Non-Violence soit !
C’est une pensée pour Jésus, Bouddha
C’est une supplique vers Gandhi, Martin, Nelson
Pour que leurs actes, leurs paroles résonnent

C’est un appel pour que force me soit donnée de continuer
De trouver où, De trouver comment, AGIR
Pour que toute cette horreur ne soit plus !
Jamais plus !

Marielle

QUAND LA PAROLE EST BRISEE

Effroi.Froid dans le dos.
Dos tourné à la réalité.Tête dans le sable.
Saleté de vie. Virez moi ces malades.
Laideur de nos cœurs. Creusons nos consciences .
Sentons la honte de l’affront. Le front de l’ennemi voilé s’est dévoilé.

Volent les cris de haine. Chaine humaine soudée par l’agression.
Sion, Babylone, Rome piégées dans la culpabilité. Ténèbres surgies de l’éclipse.
Psychée où les frères drapés d’ego mirent leurs âmes.
Armes brandies pour être égaux. GO,GO, nous ne sommes pas si médiocres.
Croisons le fer avec ceux que nous avons enfantés.

T’ai-je dis que je t’aimais ? Mektoub, c’était écrit. Pas dans la même langue.
Lancinantes barbaries des contrées lointaines. Tenez-vous à distance.
Tant de femmes enlevées, tant d’enfants esclaves.
Clamons notre liberté.Terrible cri. Crissant d’impuissance.
Sang noir abreuvant les stylos. Logorrhée noyant les esprits.

Rions-nous de tout ou pleurons-nous de rien. Ruminations stériles.
Îles en perdition. Souviens-toi d’où tu viens.
Veines du même arbre.Abstraction. Scions vers la chute le rameau.
Maux démons des mots.
Modérons l’effroi.

Fraternisons.

Frédérique

JE SUIS CHARLIE

Ce mercredi 7 janvier 2015, tombe cette annonce incroyable et horrible, le massacre à la kalachnikov de l’équipe de rédaction de Charlie hebdo….des dessinateurs mais aussi des rédacteurs, des journalistes et un policier qui était chargé de la sécurité de Charb.
Je n’en crois pas mes oreilles, les larmes coulent de mes yeux, je pense immédiatement à la liberté d’expression, via l’humour, la caricature, que l’on a assassiné ! à ces personnes qui étaient de belles personnes, gentilles, aimables, avec des valeurs fortes de respect de l’autre, valeurs que l’on tue.
Je suis Charlie, car pour moi, ce journal incarne la France, Allégorie de la Liberté, de la Fraternité, de l’Accueil.
Si je suis Charlie, c’est parce ce que je suis française avant tout, que j’aime mon pays, que je me reconnais pleinement dans ces valeurs de liberté, de démocratie, de république.
Si je suis Charlie, c’est parce que je suis contre la Barbarie qui tue pour tuer, pour anéantir, pour mettre le monde à genoux.
Si je suis Charlie, c’est parce que je suis contre l’Islam Terroriste d’Al Qaïda, de Da’ech et de toutes ses filières qui, au prétexte d’Allah, tue les impies, les mécréants, viole les femmes au Pakistan, au Moyen Orient, en Europe.
Si je suis Charlie, c’est parce que pour moi une religion ne peut et ne pourra jamais incarner des valeurs de Terreur, de Haine, de Destruction de l’autre au prétexte qu’il est juif, chrétien, musulman ou bouddhiste, qu’il mange hallal, casher ou du poisson le vendredi.
Si je suis Charlie, c’est parce que je tolère l’autre tel qu’il est, simplement parce qu’il est un être humain, un frère, qu’il soit blanc, jaune ou noir.
Si je suis Charlie, c’est parce que depuis toujours je pense que la liberté de penser, d’écrire, de parler, de ressentir, d’aimer sont nos joyaux les plus précieux.
Je suis Charlie et resterai Charlie en respect de tous ceux qui ,hommes ou femmes, se sont battus pour nos libertés, pour les fonder, les ancrer, les préserver.
En hommage à Charlie, restons unis, soyons des veilleurs de fraternité, ne cessons jamais de porter cette flamme de Liberté, celle de la France Libre, comme une fierté, comme un étendard, telle une flamme olympique que l’on transporte de continent en continent…

Claire, Janvier 2015

En Flamme

Lourdes

Elles sont comme enfermées, sans gestes, sans chemin. Plantées par une main inconnue. Portées aussi par le fer qui les dresse. Traversées par cette mèche invisible, discrète et allumeuse. Gardiennes fragiles de secrets sans noms.

Messages sans mots, fondant de désirs ou d’espoirs démesurés.

Cet espoir, comme une vague qui, en flux et reflux, vient combattre mes doutes obstinés, mes lâchetés banales. Combats de fourmis en batailles silencieuses.

Raideurs fragiles et éphémères pointant vers le ciel, la flamme et la lumière de l’envie, de la patience. Je suis debout comme elles. Pourtant, je déteste la raideur. Celle sans oxygène, sans portes de sortie. Mon corps maladroit porte pourtant cette mèche malmenée de l’humain que je rallume sans cesse.

Un souffle de rage peut m’éteindre, un autre me courber un instant. Une tendresse imprévue me fera fondre un peu, redonnant une petite place à un amour, flambant neuf à chaque fois. Je dégouline de peur, parfois, je me creuse de la tristesse entrevue, de la rageuse impuissance sur laquelle je m’empale.

Pourtant, je me dresse obstinée et éphémère avec d’autres, comme moi, plantés sur la terre. Les flammes dansent en boucles inédites. C’est toujours neuf le bonheur qui fait danser, les rives qui se lâchent, les décors qui bougent. Vague de plaisir qui réveille le sable endormi.

Elles veillent dans la nuit, l’une plus fatiguée que l’autre, l’une plus tordue que l’autre, l’une plus grande que l’autre.

Peut-être que chacune est un de mes jours, un de mes espoirs, une de mes humeurs ? Je suis là dans la lumière fragile de ces bougies levées, partagée, fascinée, invitée, à ne jamais cesser de brûler.

Digue

J’ai vu cet instant où l’âme ploie. Cet instant fragile où la digue du courage perd de sa vigueur. Où le mur des colères et de la peur se dresse par delà les remparts.

Je l’ai vu cet instant. Au creux du regard de Jade. Là, au milieu de la foule qui rit et qui danse insouciante. Le corps de Jade s’est raidi sous une poussée surgie des fonds cachés. Sa main s’est portée vers l’avant, comme pour saisir un mirage improbable.

Son geste s’est arrêté, suspendu.

Qu’a-t-elle vu qui bouscule l’équilibre? Qu’a-t-elle entendu que nul autre n’a perçu? Quelle douleur a surgi, rugi en elle?

Son visage  a balayé les silhouettes autour d’elle, sans leur donner corps. Errant par dessus le bruit et les voix. Cherchant une ancre, une bouée. Perdue dans une brume intérieure.

Son regard effleure le mien. S’accroche, se pose. Elle balbutie un pauvre sourire et sa main achève le chemin pour me faire signe.

Viens danser murmure-t-elle.

Ma main saisit la sienne et l’entraîne doucement.

C’est bon, souffle-t-elle.

Ployer n’est pas rompre.

Instants de bambou…

Aujourd’hui je vous regarde tous bavarder, échanger, rire, tout en gérant l’apéro avec la bande des petits, enthousiastes et bruyants.
Vous êtes jeunes, beaux, amoureux. Débordés et fatigués aussi mais si vivants. Il y a les nouveaux qui entrent dans la bande des cousins pour la première fois, oscillant entre timidité et curiosité. Il y a ceux qui reviennent de loin et prennent la température d’un univers qui a bougé en leur absence. Il y a à la fois, proximité et distance, qui jouent un espèce de cache cache singulier.
Vous construisez, bâtissez, engrangez. Tout en surveillant d’un œil vif les allées venues de la petite troupe. Les doudous sont légions, les chaussettes perdues aussi, avec les cris de joies en supplément.
C’est délicieux de vous voir. Une bouffée de plaisir.
Je pourrais presque rester à vous regarder, tant ce qui perle de partout éclate de vitalité et d’espoir. Je cueille çà et là des nouvelles, questionne les projets, apprend à sentir quels sont vos chemins. Chacun, vous avez suivi le vôtre, vos envies, vos talents, vos fougues et vos réserves.
Cela me parait hier ces moments-là. Ces instants foisonnants, débordants, où nos familles se construisaient. Aujourd’hui nous sommes les Nanny, Papy, Manou, Grand mère, tantes, etc… fondus et attendris. Nous avons grandis, pris de la tendresse, acquis ce qu’il faut de détente pour apprécier l’instant.
En nous voyant tous ensemble je nous trouve ressemblants à ces cascades coulant dans d’improbables et fragiles édifices de bambou. L’eau perle, glisse, insaisissable mais inexorable, obstinée.
La vie passe, coule et marche… et même sous la fine pluie, elle ne s’arrête pas.
Merci.

Saveurs

Le soleil s’est uni au vent aujourd’hui.

Sous le flot doré, les feuilles dansent et s’enlacent. Tournées vers la chaude lumière, elles explosent et répondent amoureusement à l’insistante caresse. La chaleur pénétrante s’infiltre, comme un goût de naissance. Et la complicité du vent ôte toute pesanteur.

Mes yeux se ferment. Cette lumière qu’ils taisent à peine, glisse en moi comme un torrent. Douceur ambrée que le souffle hardi allège et embellit.

Les sous bois bruissent de saveurs et de notes. Vigueur affichée des verts multiples, palette innombrables de nuances subtiles, tailles, formes, du plus foncé au plus clair, chacun arborant fièrement sa force de printemps. Les fleurs timides, audacieuses, fébriles cherchent leur place. Cachées dans le tapis ourlé de lierre, dressées le long du chêne fragile en gerbes lumineuses ou groupées en troupe rassurantes d’une violine ardente, elles guettent ou goûtent elles aussi, l’instant vivant.

Au gré du chemin, le soleil se glisse furtivement, trompant la vigilance des arbres et de leur parure. Ils couvent avec bienveillance sols et chemins, petit peuple d’en bas ou d’en haut jamais en repos, terre en éveil. Là, les rayons écartent les branches, ouvrant au détour de mon regard, une oasis baignée d’or. Mon regard se lève et la joie du feuillage en danse et en musique nourrit mon être.

Au loin dans l’abîme du bois, au creux de la pente assombrie tinte le ruisseau. Sa source le lance. Dans sa course, il chantonne et glisse, saute et sonne, court et murmure. Il scintille, doucement, chemine, humblement, savourant comme moi, la grâce ajustée qu’apporte ce jour.

Aujourd’hui, le soleil s’est uni avec le vent…