Portrait 7

A la terrasse du café, Henri Schumm regardait la place du village déserte et se roula une cigarette. L’arrivée d’Elon Grosbla, un voyou notoire, le fit sursauter. Henri Schumm remarqua qu’il était moins négligé que d’ordinaire. Il lui demanda: « Auriez-vous du feu ? Non, allez chier. » Et Elon Grosbla entra à l’intérieur du café.

Debout à la terrasse déserte du café, Henri Schumm ressentit une bouffée de solitude devant la place vide. Machinalement, il prit une cigarette. L’arrivée d’Elon Grosbla le surprit dans ses pensées grises. Cet homme l’inquiétait comme toujours. Devant sa tenue propre, nette, il se sentit l’audace de lui demander du feu. Son rejet grossier et son regard furieux lui fit peur. Soulagé de le voir entrer dans le café sans s’occuper de sa question, Henri tira sur sa cigarette sans feu, avant de la remettre dans sa poche.

Sur le bord de la place déserte, Henri Schumm ruminait. Rien d’autre que le vide, cette angoisse noire qui ne le quittait plus.  Même la fuite ne lui apparaissait pas possible et pourtant, il en aurait tellement envie. Laisser derrière lui ces mensonges, ces cris. L’arrivée d’Elon Grosbla agit sur lui comme une décharge. Lui, si tôt le matin ! Et bien habillé ! C’était encore plus inquiétant. Sans  réfléchir, il lui demanda du feu. Mais pourquoi donc avait-t-il fait cela ? Il en trembla subitement. Heureusement, son refus violent ne s’accompagna que d’un regard noir. Rien d’autre, avant d’entrer dans le café. Henri Schumm soupira. Avec le sentiment d’avoir frôlé un nouveau drame.

Encore la place vide, encore lui, seul sur la terrasse du café, comme un pestiféré. Henri Schumm ne put réprimer l’angoisse qui l’envahissait, encore. D’avoir été victime dans le drame qui avait secoué tout le village. D’avoir été accusé à tort. Il n’avait jamais compris d’où venaient les cris. Comment toute maison fermée quelqu’un avait pu rentrer. Nulles traces. Et lui dans la pièce à côté. L’arrivée d’Elon Grosbla l’électrisa. L’instinct qui le poussa à l’interpeller tenait de l’énergie du désespoir. La marque de l’injustice. Comme pour savoir enfin. La réponse grossière d’Elon Grosbla, son regard de feu, sans déferlement de violence, portait une retenue improbable. Et en le regardant entrer dans le café, Henri sut. Cela lui suffit. Il alluma sa cigarette.

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