Voeux

Derrière les nuages

Au jeu de cache-cache

             Rien de visible

Derrière les dernières feuilles

Qui s’accrochent et résistent

Le vent de l’hiver souffle et

             balaie sournoisement quelques vestiges

Aucune bataille apparente

Serait-ce l’ordre des choses

Ce chemin établi du froid,

             comme un enfermement, un désarroi, une peur inéluctable ?

Ou peut-être un chemin

             étroit

une sorte de dénuement de dépouillement d’effeuillement inconnu 

frémissement intime d’une attente profonde

Ce souffle-là rien ne peut l’éteindre

Rien ne dit ce qui est à naître

Étreintes de feu

Tu es loin. Et le feu brûle… Vorace, appliqué… Devant cette obstination rougeoyante, je ne peux m’empêcher de penser à cette proximité-distance qui donne naissance aux flammes. Caressé par un souffle invisible, allumé d’une incroyable étincelle.

Tu es loin. Encore. Et l’écart entre les bois comme un mystère. Juste cet espace loin de l’autre pour brûler soi-même, se consumer tranquillement. Juste l’autre bûche, pas trop loin, juste assez proche pour irriguer de sa chaleur, le bois offert, les braises naissantes.

Tu es loin. Toi aussi. Et ces flammes sensuelles, épaisses, actives, nées de presque rien, de cet éclair incontrôlé, infime, fugace. Elles se glissent entre le bois, fissuré peu à peu. Le bois si solide. Mangé par le feu, magnifié, transformé. Alliage, mariage, complicité, combat … fascinant et troublant.

Tu es loin. Très loin. Et dans le silence du matin, seule la mélodie essoufflée de l’âtre emplit la pièce. Le jour n’est pas encore là, le nuit paresse. Chaque flamme présente et dansante, grignotant le bois offert, me parle. De cette longue distance, de cette absence infusée dans le quotidien, qui ronge et fissure nos liens. Insidieusement, méticuleusement. De ce silence sans étincelles. Qui me brûle.

Tu es loin. Et le feu, affaibli un instant, appelle mes gestes pour bouger une bûche, rassembler les braises, rapprocher les bois éloignés, changer les angles, orienter les parts offertes de chacune, pour brûler mieux… et encore. Gestes interdits avec toi, chacun de toi. Caresses, corps à corps, baiser, étreintes… Va-t-on en oublier jusqu’aux mots ?

Tu es loin. Et un bruit trouble le matin. Une bûche s’écroule. Plus de force. Mangée de chaleur. Elle est presque braise, devenant baiser, nourriture pour celle qui se tient encore fière. Elle lèche, ondoie, glisse, savoure… proche, avide. Brûler l’un près de l’autre. La vie en flamme s’enflamme. Tu, toi, vous, chacun, et les autres aussi… me manquent.

Ne pas laisser le feu s’éteindre !

Ajouré

          Bien sûr je sais que l’aube n’est pas à moi. Qu’elle s’ouvre sans moi. Que ce filtre ajouré des nuages cache le trésor du jour, le feu dosé de la vie. Bien sûr. Bien sûr. Et que je n’y suis pour rien, que ce n’est pas pour moi plus que pour les autres. Pourtant dans le matin encore rêveur, c’est comme un regard personnel. « Vous avez un message ! » Ah oui ? Je souris. C’est puéril, enfantin. Comme un conte qui commence sans héros, juste avec le souffle du magicien. Et pourtant…
          Quand la lueur nait derrière l’ombre de la nuit, étrange mariage de l’horizon et des arbres, je frémis. La lune n’est pas encore partie, elle accueille cette première lueur avec quelques étoiles. Elles aiment taquiner le jour. Une espèce de conciliabule intime. Que je partage. Il n’y a pas de mots, juste ce frémissement intérieur que mon souffle attentif relaie.           Je suis tellement profondément vivante en cet instant où rien ne bouge, hormis cette lueur qui accompagne l’éloignement de la pénombre. Comme une renaissance minérale. Mon corps comme médiateur d’une énergie puissante. Lumineuse, victorieuse, à la fois millénaire et inédite.
         Je ne suis pas sûre d’avoir jamais perçu cette présence vitale de manière aussi puissante, aussi intime, aussi spirituelle. Spirituelle ? Cet élan qui m’habite, me nourrit et me dépasse dans le même temps. Oui. L’aube me fait naître neuve, le jour approche, j’emboite son pas.

Effeuillés

Les feuilles tombent
L’ombre tombe
Sans ombres
Les solitudes effeuillent le temps
Lit le temps, seul
Déni du temps esseulé, apeuré
Temps sans sol, sans toi
Délié, dénudé

Les feuilles tombent
Tombeau de ces larmes, de ces corps
Que le vide embrase
Sans embrasser
Que le rien et l’absence.

Les feuilles
Tapis de deuil
Tapies, en silence,
Sans savoir, Sans vouloir, Sans regards
Masque de deuil, deuil masqué
Sans savoir, sans espoirs, sans égards

Les feuilles tombent
Comme les coups
Comme la peur du noir
Rien ne perce, respiration de rien
De l’instant, du temps.

Reste, détends l’étau qui tend le temps
Ouvre, les bras du temps,
Délie ce rien, cet instant étouffé
Juste les feuilles qui tombent