Je crois que…

Je crois qu’il faut que je me réveille. Que je cherche.
Même les mauvaises herbes poussent de travers. La pollution leur manque.
Elles étouffent.
Les fleurs sont suspectes. De couleurs vives, de souplesse au vent.
C’est interdit.
Même le silence est frauduleux.
Volé à l’absence, tranché, arraché de nos bouches, de nos souffles.
Même les regards se sont enfuis. Traqués par la peur.
Réfugiés, cachés, braqués sur nos pas.

Il faut que j’explore. Que je pousse le murs.
Même l’air est grillagé. Il ne sort que sur autorisation.
Distillé avec parcimonie à ceux qui obéissent.
Les gestes sont muselés. Jetés aux oubliettes.
Ils sont en rééducation. Sociale.
Même les corps sont ralentis. Comme en suspensions.
Outil innocent du massacre.

Il faut que je parle. Que je crie.
Les saveurs sont en règle. En uniforme gris. Cadrées, en rang.
Même les mots sont devenus virtuels, volants, s’épuisant en rumeurs en sourdine.
Comme la musique. Comme ce chant plaintif que personne n’entend.

Mais je ne peux rien.
Je m’étouffe.
Je hurle le silence.
Je m’épuise contre ces murs si durs, si obéissants.
Ces murs de prisons.
Ces grillages installés.

Il faut que je regarde. Que j’écoute.
On a écrit sur un mur.
On a chanté dans la rue.
On a senti une joie
On a osé acheter du champagne.
On a écrit une lettre.
On a joué, oui joué, et ri !

Ce n’est pas encore un nous. C’est un on.
Ce n’est pas encore un nœud. Ni tout à fait une attache. C’est un essai.

Le on se révolte dans les profondeurs du manque.
Le on ravive les envies.
Le on s’obstine…

Je vais marcher, hors de la prison.
Hors du sage. Hors des absences.

Il faut recommencer. Absolument. Nouer. Renouer.
Réapprendre les nœuds, les attaches.
Nos corps qui se touchent et s’embrassent.
Nos souffles qui se mêlent.
Nous.

Mon pays

Mon pays vente

Rafales de sanglots blonds que les rochers crachent
Rugissements de l’herbe égarée
Ce vent que je crie
Qui me hurle
Tâtonnement lucide de ma peine
Rien que ma solitude et le vent

Mon pays pleut

Et la pluie remplit la mer
La vide la trouble
Et la pluie brusque le sable
Le casse le raidit
Et la pluie cogne les cauchemars
Les oublis les peurs
Rien que mes pas et la pluie

Mon pays renaît

A la plainte du ressac
Au gras des rochers
A la lumière effeuillée que la baie invite sans relâche
L’aube comme une calligraphie
Comme un crépuscule que la brume oublie
Mon regard cueille cette fugue du ciel
Rien que l’inconnu et mon regard

Mon pays est rivage

Sans rien qui l’attache ou le noue
Juste un courant qui accoste
Des flots qui s’égrènent
Au gré du sable de mes pas

Mon pays est écho

Aux nuages échevelés que la pluie mange
A la lumière éclaboussée
par les coups sourds de la tempête
Comme au rythme de mon corps

Mon pays reste là

Juste là, Toujours
Sans moi ou avec ou
Contre
Au détour de la carte
Du récif
De la vague

Il m’existe

Regards

Marche dérogatoire
Pas solitaires
Les regards encagés
fuient la rencontre
Regards pestiférés ?
accrochés aux corps désabusés et inquiets

Vide des regards,
Absence de vous
De vous à moi
De moi à vous

Vos regards me manquent
Ces fils aériens tisseurs de liens
en humanité
en cet instant si fractionné si impalpable

Je cherche et cueille cette
petite musique fraternelle de vos regards
pétillante derrière
Les masques
Les gestes barrières
Les appels à la guerre

Envie d’être frères
et solidaires envers et contre tout
à défendre en urgence !

Par vos regards ouverts et  volontaires !