Portrait 1

Je me lance dans une série de portrait. De personnes croisées dans la rue ou dans des lieux publics, bars, terrasses, places etc… L’idée étant de leur construire une identité, un univers… dont je ne sais rien évidemment. Voilà le premier!
Dans un café à Biarritz, rentre une dame, fausse blonde, l’air désagréable, qui nous toise… je lui laisse la parole!

Évidemment ma place est prise. La petite table entre le bar et l’entrée de l’hôtel. Je déteste cela. Même si je sais que c’est un lieu public ce café de Paris. Mais d’y avoir mes marques me rassure. Le serveur me fait un sourire navré. Il sent mon impatience. Je suis une habituée.

Je sais… je n’ai absolument pas l’air de cela. Je cultive un air hautain et désagréable. Cela me protège de l’émotion. Ce matin, j’y ajoute mon apparence… pantalon de cuir, veste longue sans manches en fausse fourrure noire. Mon maquillage trop fourni alourdit mon visage un peu poupin de fausse blonde.

En entrant, mon regard a fait le tour des tables avec un dédain teinté de colère… je les vomis. A la mesure de l’accablement qui m’habite. Ils m’importent peu en fait. Mais ils m’agacent. Ils viennent me heurter. Me renvoient à ma solitude. Alors que je tente de montrer qu’elle m’indiffère. Ils m’agacent tous. Deux couples d’amis qui rient pour un rien. Deux amoureux qui se caressent furtivement. Le père et le fils embarqués dans ce match de rugby bruyant comme si leur vie en dépendait.

Ce matin, j’ai essayé d’appeler mon fils. Pas de réponse. C’est le troisième message que je laisse. Sans retour aucun. Cela aussi ça m’agace. En fait plus que cela. C’est comme un rejet qui m’atteint, me pique. Moi qui ai toujours vécu en signifiant clairement que je n’avais besoin de personne. Cela m’atteint. Réellement. Et c’est nouveau. Je découvre l’attente. L’attente de l’autre… l’inquiétude. Avant je ne faisais que faire attendre. Je n’en mesurais donc pas les effets. Je les méprisais même. Aujourd’hui, je les éprouve. Cela me fragilise, m’impacte. Depuis peu. Et je suis très démunie.

J’ai pris le journal. Parcourant d’un regard bref les nouvelles. Je n’y trouve aucun intérêt mais pour la première fois j’ai besoin de me donner une contenance. Attirer les regards ne me suffit plus. Ma faille intérieure se creuse. Se voit-elle tant ? Et mon fils qui ne rappelle pas.

Le café s’est vidé. D’autres arrivent pour déjeuner. Je me lève. Dans une lenteur calculée. Tout est affaire de vernis. Dans les rues de Biarritz, la brocante provoque de petites effervescences. Malgré un temps un peu frais, les premiers touristes de mai s’aventurent vers les premiers shorts et débardeurs. L’envahissement estival commence. Sans changer de pas, digne, je marche jusque chez moi. Dans l’ascenseur, je commence à me détendre. Les entrées codées filtrent les intrus éventuels. Pas de surprises possibles.

Mon appartement domine la mer. L’ancien grand hôtel a été divisé et mis en vente par lot. Stanislas, mon amant de l’époque m’a offert celui du dernier étage qui surplombe la mer. Le plus haut, le plus grand, avec une terrasse tout du long. L’argent transpire de partout, un rien de m’as-tu-vu aussi. C’est ce que je voulais à ce moment-là. Maintenant… tout est différent. Et la mer, à la musique lancinante et continue, rythme les jours.

La porte blindée glisse sur ses gonds. Indira, ma bonne indienne, vient me débarrasser entre sourire et obséquiosité. Ma main continue d’effleurer mon téléphone. Mon fils n’appelle toujours pas.

A cet instant la décoration étudiée du lieu me heurte. Précision, ordre, esthétique de prix… un mélange de soin et de besoin d’étaler sa supériorité transpire de partout. Mais pas de vie… aucune vie. Une sèche solitude infiltrée de partout. Solitude. Ma solitude qui me fouette à l’instant. Me tord, me déborde, me coupe.
Je me plie sur le canapé en criant, mes mains tenant mon ventre, respiration coupée, tremblante. Une douleur aigue me traverse le torse, m’étourdit, m’aveugle. Je sens la vie qui me quitte et je ne la retiens pas malgré la peur.
Mon téléphone vibre… Mon fils ! Dans un ultime effort pour répondre je tends le bras et …

Le choc du corps sur la table de verre a arrêté la sonnerie du téléphone. Puis retentit le petit sifflement d’un message.
Et le flot de l’océan continue son va et vient. Immuable.

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