A Mamudi comme ailleurs

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Je ne sais pas dans quelle case je suis née. Les dires des uns croisent ceux des autres sans les rejoindre. Je suis née par-là, m’a-t-on dit. Mais à Mamudi, ça, j’en suis sûre !

Mamudi n’est pas unique, ni uni, ni uniforme. Mamudi est un champ, non, plutôt une brousse. Tantôt sèche, tantôt herbeuse. Tantôt calme tantôt bruissante. Tantôt paisible tantôt cruelle. Mêlant les marigots boueux aux herbes rousses caressants les arbres oranges.

J’aime me dire que j’ai éclos entre deux bouquets d’herbes, gardant de leurs frêles hauteurs un joli tapis blond de sable et de pierres fines. J’aime à me dire que le lion ne guettait pas, me laissant graver mes premiers pas dans la douceur d’un sol moelleux. Sans urgences, sans précipitation ni envolées de manches savantes.

Ce n’est pas rien, tu sais, d’avoir le temps. Lui, tout le monde le poursuit pour le contraindre, le soumettre, ou le suivre. Et à Mamudi chacun a le sien, ou du moins, croit le posséder.

La voisine de trois cases plus loin, tu sais celle qui est si grande. Son pas est lent, son grand cou oscille et fait flotter sa tête. J’aime la voir passer d’un pas souple et dansant, dépassant de sa haute silhouette les passants. C’est quand son mari la presse que naît sa maladresse. Il est lourd et petit, il la houspille, parce qu’il est jaloux de la voir attraper les confitures tout en haut de l’armoire. Lui, il a besoin d’un tabouret, non de deux. La jalousie, elle ne vaut rien. A Mamudi comme ailleurs.

Dans la case près du marigot, ils sont tellement que je n’ai jamais pu les compter. Ils sont tous un peu gras, à la peau épaisse. Leurs yeux un peu fades cherchent partout, comme s’ils leur manquaient un regard des autres. Ils sont un peu sales et tout le monde les évitent. C’est vrai ils sont là, pesants, arrêtés et cela agace. Cela agace beaucoup ceux qui s’agitent. Mais le mépris ne sert à rien, à Mamudi comme ailleurs.

Moi, je ne sais pas où je suis née, mais je sais avec qui je joue. Mes amies ont de la grâce, de longues jambes fines, un visage gracile toujours en alerte. C’est que le monde n’est pas tendre pour les jeunes gazelles, à Mamudi comme ailleurs. Et le temps des jeux et de la danse est vite envahi par des prédateurs sombres, exigeants, souverains. Et les gazelles courent affolées, et moi aussi. Le pouvoir rend voleur, à Mamudi comme ailleurs.

Et je ne te parle pas de ceux qui jettent le temps au visage des autres, éternels insatisfaits de ce qu’ils sont. La peur fait mal, à Mamudi comme ailleurs.

Je ne sais pas où je suis née mais j’ai un refuge, gardien du jour, où s’égrènent les gouttes du temps au rythme de l’espoir. Quand la nuit tombe, je me glisse dans le baobab au cœur du village. Il ne s’ouvre que pour moi. Il écarte ses fibres grises et élargit son antre. Son ventre est une histoire, un siècle, une naissance. J’y apprends les mots, les souffles, les rêves. J’y bâti demain au pas d’hier, pour marcher à mon rythme pendant milles ans.

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