Jeanne repose

Jeanne repose. Fin de nuit en eaux profondes. Falaise de l’oubli. Abandon puissant.

Le soleil caresse sa joue, infime souffle. Le sommeil l’a entendu. Il se fait plus léger. Mais le corps est sourd à cet appel.

Le rayon doré se fait plus précis. Son baiser plus insistant. Jeanne sent son corps, comme une vague, reprendre conscience. Brume qui se déchire. Sommeil reviens, nuit reste, reste avec moi. Jeanne ouvre les yeux et les referme aussitôt. Violence. Clarté agressive qui la bouscule.

Est-ce vraiment le matin ? Ce matin dont elle ne veut pas. Sa main s’écarte timidement. Vide. Elle le savait. Elle sait. Mais elle ne peut s’empêcher chaque matin d’aller chercher ce vide qui lui fait si mal. La douleur au ventre resurgit des bas fonds. Jeanne se roule encore plus fort, ses genoux repliés jusqu’au menton. Corps fermé. Larmes retenues. Jeanne ne peut respirer. Son souffle est sec, haché, fuyant. Il s’accélère. La peur le nourrit. Son corps est envahi.

Non, pas cela. Ne pas sombrer à nouveau. Un peu de temps. Un instant. Un répit. Une respiration. Juste ce qu’il faut pour ne pas fuir. Sa main repart vers le côté froid du lit. Elle a besoin de vérifier le réel. Même s’il brûle. Même s’il pèse.

Alors Jeanne ouvre les yeux. Elle s’oblige. Avec une lenteur calculée ses pieds glissent vers le fond du lit, ouvrant doucement son corps crispé. Elle roule sur le dos. Prenant avec défi toute la place dans le grand lit. Cueillant enfin le rayon matinal étrangement obstiné.

Le jour est là. Il faut y aller.

 

 

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