Hors de l’ombre du sommeil

Et il est là.
Comme une ombre un souffle
indicible transparent
Mais bien là!
Une voix une respiration
une parole particulière
glissant dans mon corps habitant mes songes.

Fantôme présence passage… ou ?
Que sais-je ! Il parle
et je ne connais pas ses mots.
Il est là et je ne sais quoi faire
de ses messages électriques
mots de douleurs
maux de douceurs
vents
qui me poussent me poussent me repoussent. 

Rencontre ou combat ?

Ombre passagère,
Je te sens je t’entends je te rêve je te tremble
Tu grignotes cisaille retaille l’incertitude en moi
Un voile une respiration saccadée de l’aube.
Ton ombre flotte sinueuse
glisse frauduleuse
Le soleil de l’aube ne t’éteint pas tu résistes et restes
Et moi je verrouille je me perds je cherche et j’erre aussi…

Que puis-je pour toi ?
Hors de l’ombre du sommeil.

Voeux

Derrière les nuages

Au jeu de cache-cache

             Rien de visible

Derrière les dernières feuilles

Qui s’accrochent et résistent

Le vent de l’hiver souffle et

             balaie sournoisement quelques vestiges

Aucune bataille apparente

Serait-ce l’ordre des choses

Ce chemin établi du froid,

             comme un enfermement, un désarroi, une peur inéluctable ?

Ou peut-être un chemin

             étroit

une sorte de dénuement de dépouillement d’effeuillement inconnu 

frémissement intime d’une attente profonde

Ce souffle-là rien ne peut l’éteindre

Rien ne dit ce qui est à naître

Étreintes de feu

Tu es loin. Et le feu brûle… Vorace, appliqué… Devant cette obstination rougeoyante, je ne peux m’empêcher de penser à cette proximité-distance qui donne naissance aux flammes. Caressé par un souffle invisible, allumé d’une incroyable étincelle.

Tu es loin. Encore. Et l’écart entre les bois comme un mystère. Juste cet espace loin de l’autre pour brûler soi-même, se consumer tranquillement. Juste l’autre bûche, pas trop loin, juste assez proche pour irriguer de sa chaleur, le bois offert, les braises naissantes.

Tu es loin. Toi aussi. Et ces flammes sensuelles, épaisses, actives, nées de presque rien, de cet éclair incontrôlé, infime, fugace. Elles se glissent entre le bois, fissuré peu à peu. Le bois si solide. Mangé par le feu, magnifié, transformé. Alliage, mariage, complicité, combat … fascinant et troublant.

Tu es loin. Très loin. Et dans le silence du matin, seule la mélodie essoufflée de l’âtre emplit la pièce. Le jour n’est pas encore là, le nuit paresse. Chaque flamme présente et dansante, grignotant le bois offert, me parle. De cette longue distance, de cette absence infusée dans le quotidien, qui ronge et fissure nos liens. Insidieusement, méticuleusement. De ce silence sans étincelles. Qui me brûle.

Tu es loin. Et le feu, affaiblit un instant appelle mes gestes pour bouger une bûche, rassembler les braises, rapprocher les bois éloignés, changer les angles, orienter les parts offertes de chacune, pour brûler mieux… et encore. Gestes interdits avec toi, chacun de toi. Caresses, corps à corps, baiser, étreintes… Va-t-on en oublier jusqu’aux mots ?

Tu es loin. Et un bruit trouble le matin. Une bûche s’écroule. Plus de force. Mangée de chaleur. Elle est presque braise, devenant baiser, nourriture pour celle qui se tient encore fière. Elle lèche, ondoie, glisse, savoure… proche, avide. Brûler l’un près de l’autre. La vie en flamme s’enflamme. Tu, toi, vous, chacun, et les autres aussi… me manquent.

Ne pas laisser le feu s’éteindre !

Ajouré

          Bien sûr je sais que l’aube n’est pas à moi. Qu’elle s’ouvre sans moi. Que ce filtre ajouré des nuages cache le trésor du jour, le feu dosé de la vie. Bien sûr. Bien sûr. Et que je n’y suis pour rien, que ce n’est pas pour moi plus que pour les autres. Pourtant dans le matin encore rêveur, c’est comme un regard personnel. « Vous avez un message ! » Ah oui ? Je souris. C’est puéril, enfantin. Comme un conte qui commence sans héros, juste avec le souffle du magicien. Et pourtant…
          Quand la lueur nait derrière l’ombre de la nuit, étrange mariage de l’horizon et des arbres, je frémis. La lune n’est pas encore partie, elle accueille cette première lueur avec quelques étoiles. Elles aiment taquiner le jour. Une espèce de conciliabule intime. Que je partage. Il n’y a pas de mots, juste ce frémissement intérieur que mon souffle attentif relaie.           Je suis tellement profondément vivante en cet instant où rien ne bouge, hormis cette lueur qui accompagne l’éloignement de la pénombre. Comme une renaissance minérale. Mon corps comme médiateur d’une énergie puissante. Lumineuse, victorieuse, à la fois millénaire et inédite.
         Je ne suis pas sûre d’avoir jamais perçu cette présence vitale de manière aussi puissante, aussi intime, aussi spirituelle. Spirituelle ? Cet élan qui m’habite, me nourrit et me dépasse dans le même temps. Oui. L’aube me fait naître neuve, le jour approche, j’emboite son pas.

Effeuillés

Les feuilles tombent
L’ombre tombe
Sans ombres
Les solitudes effeuillent le temps
Lit le temps, seul
Déni du temps esseulé, apeuré
Temps sans sol, sans toi
Délié, dénudé

Les feuilles tombent
Tombeau de ces larmes, de ces corps
Que le vide embrase
Sans embrasser
Que le rien et l’absence.

Les feuilles
Tapis de deuil
Tapies, en silence,
Sans savoir, Sans vouloir, Sans regards
Masque de deuil, deuil masqué
Sans savoir, sans espoirs, sans égards

Les feuilles tombent
Comme les coups
Comme la peur du noir
Rien ne perce, respiration de rien
De l’instant, du temps.

Reste, détends l’étau qui tend le temps
Ouvre, les bras du temps,
Délie ce rien, cet instant étouffé
Juste les feuilles qui tombent

Vent

Vent de mer
Vent de sable
L’écorce se griffe
d’un abîme inconnu
d’une écriture brûlante
Quel silence!
Où va-t-on?

Pavé battu de froid
Froid du manque
Froid du vide
Froid de l’absence
injuste
raide
pesant
Que devient-on?

Au vent de la haine
les armes parlent
aveugles
blessées
de bêtises
d’ignorance
Où portent nos pas?

Bégaiement…

A l’eau
Peau à peau
Ta peau m’est peau
Appeau de mes mains
Appeau de mes reins
Dépôt de mes peaux,
Qui me collent à la peau
Comme pot de colle
Peau d’école décolle

Colle porte ma peau mate
Colle mate ma porte dépôt
Colmate mes pores mes ports
Mate mate mon col ma peau
Mate le peu de peau
Le peu de pas
Mate le port maternel
Mon éternelle sempiternelle
Peau de ma peau de ta peau
Terre ma terre maternelle
Pot de terre dépôt du repos

En pause de ta peau
Pause de posture
Posture ou imposture imposée
Pause du repos imposé
Imposé posé reposé
Peau à peau reposé déposé
A l’eau de l’aube
De demain
De mains
Peau à peau

Je crois que…

Je crois qu’il faut que je me réveille. Que je cherche.
Même les mauvaises herbes poussent de travers. La pollution leur manque.
Elles étouffent.
Les fleurs sont suspectes. De couleurs vives, de souplesse au vent.
C’est interdit.
Même le silence est frauduleux.
Volé à l’absence, tranché, arraché de nos bouches, de nos souffles.
Même les regards se sont enfuis. Traqués par la peur.
Réfugiés, cachés, braqués sur nos pas.

Il faut que j’explore. Que je pousse le murs.
Même l’air est grillagé. Il ne sort que sur autorisation.
Distillé avec parcimonie à ceux qui obéissent.
Les gestes sont muselés. Jetés aux oubliettes.
Ils sont en rééducation. Sociale.
Même les corps sont ralentis. Comme en suspensions.
Outil innocent du massacre.

Il faut que je parle. Que je crie.
Les saveurs sont en règle. En uniforme gris. Cadrées, en rang.
Même les mots sont devenus virtuels, volants, s’épuisant en rumeurs en sourdine.
Comme la musique. Comme ce chant plaintif que personne n’entend.

Mais je ne peux rien.
Je m’étouffe.
Je hurle le silence.
Je m’épuise contre ces murs si durs, si obéissants.
Ces murs de prisons.
Ces grillages installés.

Il faut que je regarde. Que j’écoute.
On a écrit sur un mur.
On a chanté dans la rue.
On a senti une joie
On a osé acheter du champagne.
On a écrit une lettre.
On a joué, oui joué, et ri !

Ce n’est pas encore un nous. C’est un on.
Ce n’est pas encore un nœud. Ni tout à fait une attache. C’est un essai.

Le on se révolte dans les profondeurs du manque.
Le on ravive les envies.
Le on s’obstine…

Je vais marcher, hors de la prison.
Hors du sage. Hors des absences.

Il faut recommencer. Absolument. Nouer. Renouer.
Réapprendre les nœuds, les attaches.
Nos corps qui se touchent et s’embrassent.
Nos souffles qui se mêlent.
Nous.

Mon pays

Mon pays vente

Rafales de sanglots blonds que les rochers crachent
Rugissements de l’herbe égarée
Ce vent que je crie
Qui me hurle
Tâtonnement lucide de ma peine
Rien que ma solitude et le vent

Mon pays pleut

Et la pluie remplit la mer
La vide la trouble
Et la pluie brusque le sable
Le casse le raidit
Et la pluie cogne les cauchemars
Les oublis les peurs
Rien que mes pas et la pluie

Mon pays renaît

A la plainte du ressac
Au gras des rochers
A la lumière effeuillée que la baie invite sans relâche
L’aube comme une calligraphie
Comme un crépuscule que la brume oublie
Mon regard cueille cette fugue du ciel
Rien que l’inconnu et mon regard

Mon pays est rivage

Sans rien qui l’attache ou le noue
Juste un courant qui accoste
Des flots qui s’égrènent
Au gré du sable de mes pas

Mon pays est écho

Aux nuages échevelés que la pluie mange
A la lumière éclaboussée
par les coups sourds de la tempête
Comme au rythme de mon corps

Mon pays reste là

Juste là, Toujours
Sans moi ou avec ou
Contre
Au détour de la carte
Du récif
De la vague

Il m’existe